
Pendant que certains enfants jouent, étudient ou se préparent à la prochaine rentrée scolaire, d’autres portent de lourdes charges pour quelques milliers de francs dans le quartier Nyalukemba en ville de Bukavu.
Âgés parfois de 6 à 10 ans, ces enfants sont régulièrement sollicités pour transporter des sacs, des bidons, des cartons et autres marchandises. Une pratique qui interpelle sur leur protection, leur éducation et leur responsabilité des adultes.
Dans le quartier nyalukemba, sur l’avenue Evariste Baganda, l’après-midi avance doucement. Il est entre 16 heures et 17 heures. Pour beaucoup d’enfants, les vacances sont un moment de respiration après une année scolaire. Certains jouent sur les espaces de loisirs du quartier. D’autres restent à la maison, les yeux plongés dans leurs cahiers, accompagnés parfois par des répétiteurs pour mieux préparer la prochaine rentrée scolaire. D’autres encore participent à des colonies de vacances.

Mais, dans le même quartier, les vacances prennent un tout autre visage pour certains enfants.
Ils sont là, au milieu des adultes, autour des sacs et des marchandises. Ils soulèvent, tirent, transportent et déplacent des charges qui semblent parfois bien grandes pour leurs petits corps. Certains n’ont que six, sept, huit ou dix ans.
Sur les images prises dans le quartier, de jeunes enfants sont notamment aperçus en train de manipuler de lourds sacs. Selon les informations recueillies sur place, certains de ces sacs peuvent atteindre 25 kilos.
Pour ce travail, la rémunération serait généralement comprise entre 1 000 et 2 000 francs congolais.
Des sacs de riz, des bidons d’huile, des cartons, des matériaux et d’autres marchandises peuvent ainsi passer par leurs petites mains. Dans certains cas, ils sont également associés au déplacement de sacs de sable autour des véhicules chargés de marchandises.
La scène pourrait presque paraître banale pour ceux qui vivent quotidiennement dans ces quartiers. Pourtant, lorsqu’on regarde de plus près, une question s’impose : qu’est-ce qui peut pousser un enfant de six ans à porter une charge qui semble parfois peser plusieurs fois son propre poids ?
Ces enfants ne sont pas nécessairement sans famille. La majorité, selon les informations recueillies, vivent encore avec leurs parents et vont à l’école. Ils ne sont donc pas tous des enfants ayant quitté le système scolaire pour travailler. Certains profitent simplement de leurs vacances pour effectuer ces petits travaux dans le quartier.

Mais cette réalité n’en demeure pas moins préoccupante.
Car derrière les quelques billets reçus après avoir porté un sac, il y a un enfant. Un enfant qui devrait avoir du temps pour jouer, apprendre, se reposer, rêver et grandir. Un enfant dont les vacances devraient aussi être l’occasion de reprendre des forces avant de retrouver les bancs de l’école.
Le problème ne réside donc pas dans le simple fait qu’un enfant puisse aider occasionnellement un adulte dans une tâche adaptée à son âge. Il devient beaucoup plus sérieux lorsque cette activité implique des charges lourdes, se répètent régulièrement ou expose l’enfant à des risques qui ne correspondent pas à son âge.
Et c’est précisément là que la responsabilité des adultes doit être interrogée.
Certains parents, mais aussi certains adultes qui sollicitent ces enfants, doivent être interpellés. L’enfant ne peut pas être considéré comme une simple paire de bras disponible lorsqu’il faut déplacer une marchandise. Son âge, sa santé, sa sécurité, son repos et sa scolarité doivent passer avant.
La République démocratique du Congo dispose d’ailleurs d’un cadre légal clair en matière de protection de l’enfant. La loi n°09/001 du 10 janvier 2009 portant protection de l’enfant prévoit qu’un enfant ne peut être employé avant l’âge de 16 ans révolus, avec une dérogation particulière pour l’enfant de 15 ans. Elle interdit également les formes de travail qui, par leur nature ou leurs conditions, sont susceptibles de nuire à la santé, à la croissance, à la sécurité, à l’épanouissement ou à la dignité de l’enfant.
Cette disposition donne une autre dimension à la scène observée dans le quartier Nyalukemba.
Il ne s’agit plus seulement de quelques enfants qui cherchent à gagner 1 000 ou 2 000 francs pendant les vacances. Il s’agit aussi de se demander si les adultes qui les font porter de telles charges mesurent réellement les conséquences possibles de ces pratiques.
Il serait toutefois excessif d’affirmer, sans expertise médicale, que le port de ces sacs empêche directement les enfants de grandir. Mais il est tout aussi imprudent de banaliser l’exposition répétée de très jeunes enfants à des charges lourdes et à des activités physiques exigeantes.
L’éducation, elle aussi, risque de payer le prix de cette banalisation.
Même lorsque l’enfant continue d’aller à l’école, le temps consacré régulièrement à la manutention est du temps qui n’est pas consacré au repos, à l’étude, aux loisirs ou aux activités éducatives. À quelques semaines ou quelques jours de la rentrée scolaire, la question mérite d’autant plus d’attention.

Dans le même quartier, certains enfants préparent déjà leur retour en classe. Ils révisent, lisent, participent à des activités éducatives ou profitent simplement de leur enfance. D’autres, au même moment, gagnent quelques billets en transportant des charges lourdes.
Deux réalités se croisent dans une même rue.
Et au milieu de ces deux réalités, il y a l’enfant.
Celui qui porte un sac n’a peut-être pas conscience des débats sur le travail des enfants, sur ses droits ou sur les responsabilités prévues par la loi. Il sait seulement qu’il peut rendre un service, recevoir quelques francs et rentrer chez lui.
C’est justement pourquoi la responsabilité revient aux adultes.
Les parents sont appelés à être davantage vigilants et à protéger leurs enfants contre les travaux qui ne correspondent pas à leur âge. Les adultes qui font appel à cette main-d’œuvre doivent également comprendre qu’un enfant de six, huit ou dix ans n’est pas un adulte en miniature.
La pauvreté, les habitudes du quartier ou la recherche de quelques revenus supplémentaires ne peuvent pas faire disparaître cette évidence : l’enfance a besoin d’être protégée.
Dans l’avenue Evariste Baganda, ces petits travailleurs des vacances ne demandent peut-être rien d’autre que quelques francs. Mais derrière chacun d’eux se trouve un avenir qui mérite d’être préservé.
Car un sac peut être posé au sol après quelques mètres.
Une charge peut être déposée après quelques minutes.
Mais les conséquences d’une enfance privée de protection, d’éducation, de repos ou simplement du droit de grandir dans des conditions adaptées à son âge peuvent, elles, laisser des traces beaucoup plus longtemps.
les vacances ne devraient jamais faire oublier qu’un enfant reste un enfant.
Et si la société veut réellement préparer la génération de demain, elle doit commencer par lui permettre de grandir aujourd’hui.
Wilson Mugisho Espoir volontaire journaliste pour les enfants et les jeunes chez watoto news.
