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À environ 60 kilomètres au sud-est de Bukavu, dans le territoire de Walungu, la chefferie de Kaziba se caractérise par ses collines aux terres rouges et ses vallées profondes. Pendant les vacances scolaires de juillet et août, alors que les salles de classe se vident, le bruit des pelles et des outils se fait entendre dans plusieurs coins de la chefferie.

Au lieu de rester oisifs, des dizaines d’enfants et d’adolescents s’adonnent à la fabrication de briques adobes. Cette activité leur permet à la fois de s’occuper pendant les vacances et, pour certains, de contribuer aux dépenses scolaires. La terre rouge, disponible en abondance et réputée de bonne qualité à Kaziba, constitue la principale matière première.

La construction ne s’arrête presque jamais dans cette partie du territoire de Walungu. Après les récoltes, de nombreux parents profitent notamment de la période des vacances pour construire ou réhabiliter leurs maisons, ce qui augmente la demande en briques.

Pour certains enfants, l’argent gagné grâce à cette activité sert à payer une partie des frais scolaires, acheter des uniformes, des cahiers ou encore d’autres fournitures nécessaires pour la rentrée.

Lors de notre passage, nous avons échangé avec Espoir, un garçon de 15 ans, élève à Kaziba Centre. Il explique que les vacances sont pour lui l’occasion de rejoindre la briqueterie avec ses amis et ses frères.

« Moi, je m’appelle Espoir, j’ai 15 ans. Pendant l’année, je suis à l’école à Kaziba Centre. Mais dès que les vacances commencent, je vais à la briqueterie avec mes amis et mes frères. Au début, c’était dur : mes mains avaient des ampoules et le dos me faisait mal. Mais maintenant, je sais bien mouler. En un mois, je peux fabriquer 2 000 briques. L’année passée, avec l’argent des briques, j’ai payé la moitié de mes frais et je me suis acheté des chaussures neuves pour la rentrée. Ma mère était fière. Quand je fabrique les briques, je pense : “Un jour, je vais construire ma propre maison avec mes propres mains.” Ça me donne la force de continuer. »

La journée commence tôt. Les enfants se rendent d’abord à la rivière pour chercher de l’eau, avant de revenir à la briqueterie. Ils creusent la terre, la trempent et la malaxent avec les pieds, avant de la placer dans des moules en bois. Les briques sont ensuite alignées au soleil pour sécher. Dans l’après-midi, elles sont arrosées afin d’éviter qu’elles ne se fissurent, avant d’être placées dans un four où elles restent plusieurs jours. Une fois qu’elles prennent leur couleur orange, le feu est éteint et les briques sont laissées à refroidir.

Ce travail reste toutefois éprouvant. Le soleil est parfois intense sur les collines de Kaziba et les enfants peuvent souffrir de fatigue ou avoir des ampoules et des coupures aux mains. Malgré ces difficultés, certains expriment une certaine fierté de participer à une activité dont les résultats sont visibles.

Au-delà de l’aspect économique, cette activité leur apprend également certaines valeurs, notamment la dignité du travail, l’esprit communautaire et la responsabilité. Les enfants travaillent souvent en équipe, les plus âgés montrant aux plus jeunes comment bien mouler les briques.

Pour certains, les revenus tirés de cette activité représentent surtout un moyen de préparer leur prochaine rentrée scolaire.

Un parent rencontré à Kaziba estime qu’il vaut mieux voir son enfant occupé dans une activité productive que de le voir passer ses journées dans la rue.

« Mieux vaut voir mon fils fatigué par le travail que le voir traîner au quartier en jouant inutilement. Au moins, il rentre avec quelque chose à la maison. »

Cependant, cette pratique soulève également des défis qui ne doivent pas être ignorés. La fatigue, les blessures aux mains et l’exposition prolongée au soleil peuvent présenter des risques pour les enfants. Le travail ne devrait pas non plus remplacer complètement le repos et les révisions scolaires.

L’encadrement des parents, de l’église et des écoles reste donc important pour veiller à ce que les enfants travaillent dans des conditions adaptées, avec des horaires raisonnables, tout en profitant pleinement de leurs vacances.

À Kaziba, ces enfants apparaissent ainsi comme de petits bâtisseurs. Ils transforment la terre rouge en briques, leur travail en soutien pour leurs familles et, pour certains, leurs efforts en moyens de préparer leur avenir scolaire. Mais derrière cette activité se pose aussi une question essentielle : comment permettre aux enfants de transformer leurs vacances en opportunités d’apprentissage et de développement, sans compromettre leur repos, leur santé et leur droit à l’éducation ?

Clarisse Zihalirwa, volontaire pour les enfants et les jeunes chez Watoto News

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