Bukavu :des enfants privés d’école, entre traumatisme et incertitude après le violent incendie qui a ravagé à Cimpunda
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Jeudi 10 septembre 2026, vers 9h30, la ville de Bukavu est frappée par deux gigantesques incendies. Les flammes ravagent plusieurs avenues, notamment Kasheke, dans la commune de Bagira, ainsi que Funu B et Lugulu, dans le quartier Cimpunda, en commune de Kadutu.

En quelques heures, des centaines de familles voient leur vie partir en fumée. Plus de 300 habitations sont détruites et dautres fortement endommagées. Deux écoles primaires ( Furaha et Ujamaa) sont également réduites en cendres.

Le bilan humain est particulièrement lourd : 27 personnes, en majorité des élèves, perdent la vie, tandis que plusieurs blessés sont évacués en urgence vers différentes structures sanitaires de la ville.

À Bukavu, le temps semble alors s’être arrêté. Une journée ordinaire se transforme en journée de deuil.

Dans les quartiers touchés, les cris, les pleurs et la désolation remplacent les bruits habituels de la vie. Sur les réseaux sociaux, les messages de compassion affluent de plusieurs horizons, témoignant de l’émotion suscitée par ce drame.Mais cinq jours après le sinistre, derrière les chiffres et les images de désolation, se cachent des histoires humaines difficiles à raconter.

Des enfants privés d’école, et des survivants encore sous le choc

Au-delà des élèves qui ont vu leurs établissements scolaires partir en fumée, d’autres enfants ont également perdu leurs uniformes, cahiers, livres et autres fournitures scolaires dans les flammes.

Pour certains, retourner à l’école n’est plus une priorité. Ils n’ont plus de maison où dormir, parfois plus de vêtements à porter, ni même les fournitures nécessaires pour reprendre le chemin de l’école. Leur droit à l’éducation se retrouve ainsi suspendu, alors qu’ils tentent simplement de survivre au traumatisme.

À seulement 10 ans, Vallerie Tange, élève de 8ᵉ année au Complexe scolaire Nouvelle Alliance, raconte avec une voix chargée d’émotion les conséquences de l’incendie sur sa famille.

« Moi et mes quatre frères, nous passons la nuit dehors, ici même où notre maison a pris feu. Toutes mes affaires scolaires ont été calcinées, donc je ne pars plus à l’école. L’incendie nous a surpris. Papa ne vit pas ici et maman est internée à l’hôpital. Aujourd’hui, notre besoin est de reconstruire notre maison et d’avoir des fournitures scolaires. Je ne saurais pas rester dans la rue. Que les gens nous viennent en aide. »

Derrière ces quelques mots se dessine le drame d’une enfant qui devrait penser à ses cours, à ses examens et à son avenir, mais qui se retrouve désormais préoccupée par une question beaucoup plus élémentaire : où dormir ce soir ?

Des quartiers sinistrés de Bukavu entrent dans l’épreuve de la reconstruction: le calvaire continue !

Cinq jours après les incendies, la situation demeure préoccupante dans les quartiers sinistrés. Des familles entières passent encore la nuit à la belle étoile.

Certaines ont trouvé refuge dans des salles de classe, notamment à l’Institut de Kadutu (INSTIIKA), d’autres chez des proches ou des familles d’accueil.
Pour les sinistrés, les besoins sont immenses : nourriture, vêtements, abris, ustensiles de cuisine et, surtout, un toit pour retrouver un semblant de vie normale.

Madame Alphonsine M’Mubalama raconte, elle aussi, l’ampleur de sa détresse.

« Ici, nous souffrons beaucoup. Moi personnellement, je n’ai rien sauvé. Ici où vous me voyez, je n’ai même pas une fourchette. Ce qui est curieux, même les quelques objets que j’avais essayé de sauver ont tous été volés dans la débandade par ceux qui faisaient semblant de nous secourir. »

Elle marque une pause avant d’exprimer l’essentiel de ses besoins :

« Tout ce dont nous avons besoin pour l’instant, c’est qu’on nous aide à reconstruire nos maisons et à trouver à manger. Je suis maintenant à trois jours sans manger. C’est le calvaire, en tout cas. »

Derrière les cendres, des vies à reconstruire

À Bukavu, les incendies ont donc laissé derrière eux bien plus que des maisons et des écoles détruites.

Ils ont laissé des familles sans repères, des enfants traumatisés et des élèves privés de leurs outils d’apprentissage.
Pour ces victimes, l’urgence ne se limite pas à reconstruire des murs.

Il faut aussi soigner les blessures invisibles, permettre aux enfants de retrouver le chemin de l’école, assurer un minimum de nourriture et offrir aux familles des conditions dignes pour recommencer leur vie.

En attendant, le drame, lui, ne disparaît pas. Il continue de vivre dans le regard d’un enfant qui a perdu son ami, son cahier.., dans les larmes d’une mère qui voit son enfant partir tôt, qui n’a plus de maison et dans le silence d’une famille qui cherche encore comment se relever.

Pascal NGABOYEKA, volontaire pour les enfants et les jeunes à watoto News

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