Vacances à deux vitesses à Bukavu : certains enfants jouent, d’autres travaillent pour la survie
Alors que les grandes vacances devraient être synonymes de repos, de jeux et de découvertes, de nombreux enfants de Bukavu vivent une tout autre réalité. Dans plusieurs quartiers de la ville, des garçons et des filles âgés de 7 à 12 ans passent leurs journées à vendre dans les rues, transporter des charges ou effectuer d’autres travaux inadaptés à leur âge. Derrière leurs sourires d’enfants se cachent souvent le poids de la pauvreté et des responsabilités précoces.
Pour certains, les vacances ressemblent pourtant à ce qu’elles devraient être. Ils profitent du temps libre pour jouer, regarder la télévision, dormir ou passer des moments avec leurs amis. Les tâches qui leur sont confiées se limitent généralement à quelques travaux ménagers.
« Je préfère rester à la maison pendant les vacances. Je dors, je regarde la télévision et je joue aux jeux vidéo. C’est comme ça que je profite de mon repos », raconte Gullaume, 12 ans.
Même son de cloche chez Thyméo Tabaro, 11 ans. « À la maison, je ne fais pas beaucoup de choses. J’aide parfois à faire la vaisselle ou à nettoyer la cour, puis je profite de mes vacances. »
Mais cette réalité est loin d’être celle de tous les enfants.
Dans les rues de Bukavu, certains mineurs sont contraints de travailler pour contribuer à la survie de leur famille. Pour eux, les vacances ne sont pas une période de détente, mais une occasion de chercher de quoi nourrir le foyer.
« Nous sommes nombreux dans la famille. Je dois travailler pour aider un peu et contribuer aux dépenses de la maison », explique Ansima, 10 ans.
À seulement huit ans, Tonny porte déjà un fardeau bien trop lourd pour son âge. « Je n’ai pas le choix. Je dois vendre parce que ma maman et ma petite sœur sont à l’hôpital. Je suis le plus grand et je dois chercher de l’argent. »
Ces témoignages illustrent une réalité préoccupante : la pauvreté pousse certains enfants vers des activités qui dépassent largement une simple participation aux tâches familiales. Sur les marchés, dans les rues ou parfois même sur des chantiers, ils sont exposés à des risques physiques, à l’exploitation et à l’abandon progressif de leur droit à une enfance normale.
Pourtant, les textes nationaux et internationaux garantissent aux enfants le droit au repos, aux loisirs, à l’éducation, à la protection et à un développement harmonieux. Si participer occasionnellement à des tâches domestiques comme balayer la cour ou faire la vaisselle peut contribuer à leur éducation, les soumettre à des travaux pénibles, dangereux ou destinés à générer des revenus constitue une atteinte à leurs droits.
À Bukavu, les vacances révèlent ainsi deux réalités qui se côtoient : celle des enfants qui jouent et rêvent d’une nouvelle rentrée scolaire, et celle de ceux qui, faute d’alternative, deviennent trop tôt des soutiens de famille.
Face à cette situation, les acteurs de la protection de l’enfance appellent à une mobilisation des familles, des autorités et de la société afin que les vacances restent un temps d’épanouissement et non une période où l’enfance est sacrifiée au profit de la survie économique.
Misangi Gracia, stagiaire de l’UCB à Watoto News
