
Alors que les autorités sanitaires multiplient les messages de sensibilisation contre la maladie à virus Ebola au Sud-Kivu, le manque d’accès à l’eau potable au centre de santé de Bugushu 2, dans le groupement de Bushumba en territoire de Kabare, suscite des inquiétudes quant à la protection des enfants, particulièrement vulnérables aux maladies liées au manque d’hygiène.
« La prévention d’Ebola commence par l’hygiène. Mais lorsqu’une structure sanitaire ne dispose pas d’un accès facile à l’eau, cela complique énormément le travail de prévention et la protection des patients »,
explique Batumike Moïse, infirmier titulaire du centre de santé de Bugushu 2.
Dans cette structure sanitaire qui accueille quotidiennement des enfants, des femmes enceintes et d’autres patients, l’absence de robinet fonctionnel constitue un défi permanent. Selon les responsables sanitaires, l’approvisionnement en eau demeure difficile alors que cette ressource est indispensable pour assurer les soins dans des conditions d’hygiène satisfaisantes.
Pour les enfants, cette situation représente une préoccupation particulière. À chaque consultation, séance de vaccination ou prise en charge médicale, l’eau joue un rôle essentiel dans la prévention des infections. Le lavage des mains, le nettoyage des équipements médicaux ainsi que l’entretien des locaux sanitaires dépendent directement de sa disponibilité.
Dans un contexte marqué par la vigilance autour de la maladie à virus Ebola, les spécialistes rappellent que l’hygiène des mains reste l’une des premières barrières contre la propagation du virus. Le manque d’eau peut ainsi fragiliser les efforts déployés pour protéger les communautés contre cette maladie hautement contagieuse.
Au-delà d’Ebola, plusieurs autres maladies touchent régulièrement les enfants lorsque les conditions d’hygiène sont insuffisantes. Les infections diarrhéiques, certaines maladies de la peau et d’autres pathologies liées à l’insalubrité continuent d’affecter de nombreux enfants dans plusieurs zones rurales du pays.
Pour les parents de Bugushu, la situation soulève également des inquiétudes. Beaucoup espèrent que les structures sanitaires locales pourront disposer des moyens nécessaires pour garantir des soins de qualité à leurs enfants. Certains habitants estiment que l’accès à l’eau devrait être considéré comme une priorité dans tous les établissements de santé.
Selon Batumike Moïse, les difficultés liées à l’eau ne concernent pas uniquement les malades. Elles affectent également le travail quotidien du personnel soignant qui doit parfois fournir des efforts supplémentaires pour maintenir les normes d’hygiène recommandées.
« Nous faisons de notre mieux pour assurer les soins, mais l’eau reste un besoin fondamental. Lorsqu’elle manque, cela devient plus compliqué de protéger correctement les patients, surtout les enfants qui fréquentent notre structure »,
souligne-t-il.
La situation interpelle d’autant plus que les enfants disposent de droits reconnus par plusieurs instruments internationaux. La Convention relative aux droits de l’enfant, notamment à travers son article 24, reconnaît le droit de chaque enfant de jouir du meilleur état de santé possible et d’avoir accès à des services médicaux adaptés.
Pour les défenseurs des droits de l’enfant, ce droit implique également l’existence d’infrastructures sanitaires fonctionnelles, capables d’offrir un environnement propre et sécurisé. L’accès à l’eau potable dans les centres de santé apparaît ainsi comme un élément essentiel de la protection de l’enfance.
Dans plusieurs régions du monde, les organisations internationales considèrent d’ailleurs l’eau, l’hygiène et l’assainissement comme des composantes fondamentales de la santé infantile. Sans ces services de base, les enfants demeurent davantage exposés aux maladies évitables.
Face à cette réalité, l’infirmier titulaire de Bugushu 2 appelle les autorités compétentes ainsi que les partenaires intervenant dans le secteur de la santé à soutenir cette structure afin d’améliorer durablement son approvisionnement en eau.
Pour de nombreux observateurs, investir dans l’accès à l’eau au sein des structures sanitaires revient non seulement à renforcer la lutte contre les épidémies comme Ebola, mais aussi à protéger le droit des enfants à grandir en bonne santé.
À l’heure où les campagnes de prévention se poursuivent dans plusieurs localités du Sud-Kivu, les acteurs sanitaires rappellent qu’une lutte efficace contre les maladies passe aussi par des infrastructures adaptées. À Bugushu, un simple robinet pourrait contribuer à protéger des centaines d’enfants qui franchissent chaque année les portes du centre de santé à la recherche de soins.
Yseult Lwango,volontaire pour les enfants et les jeunes.
