
Alors que les autorités sanitaires du Sud-Kivu ont décidé de suspendre temporairement les rassemblements publics et plusieurs activités collectives pour limiter la propagation de la maladie à virus Ebola, la situation suscite des inquiétudes croissantes quant à la protection des enfants, particulièrement ceux vivant dans des conditions de vulnérabilité liées aux déplacements de populations et aux crises humanitaires persistantes.
La décision intervient dans un contexte marqué par la confirmation de plusieurs cas de maladie à virus Ebola dans la province. Selon les données communiquées par les responsables de la riposte, trois cas ont déjà été confirmés, dont un décès, tandis que plusieurs dizaines de personnes considérées comme à haut risque restent sous surveillance médicale.
Si les mesures annoncées visent avant tout à freiner la circulation du virus au sein de la population, elles rappellent également les nombreux défis auxquels sont confrontés les enfants lors des situations d’urgence sanitaire. Dans plusieurs localités du Sud-Kivu, de nombreux mineurs vivent déjà dans des environnements fragilisés par les conflits, les déplacements forcés ou encore l’accès limité aux services sociaux de base.
Selon Freddy Kaniki, coordonnateur provincial de la Cellule de riposte contre Ebola, deux patients confirmés poursuivent actuellement leur traitement alors que 46 cas suspects à haut risque font l’objet d’un suivi médical rapproché.
Parmi ces personnes, 14 sont suivies à Nyakadaka tandis que 32 autres sont prises en charge à l’Hôpital Général de Référence de la FOMULAC Katana, dans le territoire de Kabare.
Face à cette évolution de la situation sanitaire, les équipes de riposte ont renforcé plusieurs mécanismes de surveillance afin de détecter rapidement d’éventuelles nouvelles contaminations.
« Nous avons aussi opté pour le renforcement de la surveillance de la mortalité. Chaque décès survenu dans la communauté doit être investigué pour savoir s’il n’y a pas des liens avec Ebola et, au besoin, un prélèvement doit être fait dans le meilleur délai pour une analyse au laboratoire afin de nous assurer que l’inhumation doit se faire de façon digne et sécurisée », , a expliqué Freddy Kaniki.
Pour les spécialistes de la protection de l’enfance, les épidémies constituent souvent des périodes particulièrement délicates pour les enfants. Au-delà des risques sanitaires directs, elles peuvent affecter leur environnement social, leur accès à l’éducation ainsi que leur bien-être psychologique, surtout dans les communautés déjà éprouvées par d’autres crises.
Les autorités sanitaires ont par ailleurs annoncé une série de restrictions destinées à réduire les contacts susceptibles de favoriser la transmission du virus.
« La restriction temporaire des mouvements en provenance du village de Kahungu qui est l’épicentre de l’Ebola en province. Et enfin, il y a interdiction de tout rassemblement, meeting populaire, événements sociaux, lieux de prière, et tout ça, pour diminuer la transmission de la maladie dans la communauté », , a insisté le responsable de la riposte.
Dans les milieux éducatifs et communautaires, plusieurs acteurs estiment que cette situation doit également être l’occasion de renforcer les actions de sensibilisation auprès des enfants et des familles. Les messages liés à l’hygiène des mains, à la vigilance sanitaire et au signalement rapide des cas suspects demeurent essentiels pour limiter les risques de propagation.
Parallèlement aux mesures de prévention, les autorités indiquent avoir renforcé les capacités opérationnelles de la riposte à travers la mise en place d’un centre d’isolement de 70 places, d’un centre de traitement pouvant accueillir 30 patients ainsi que d’un laboratoire moderne de biologie moléculaire destiné à améliorer les capacités de diagnostic.
Toutefois, les responsables sanitaires reconnaissent que plusieurs défis continuent de peser sur les efforts de contrôle de l’épidémie. La mobilité des populations, la densité démographique dans certaines zones et la circulation de fausses informations figurent parmi les principaux obstacles identifiés.
Alors que la vigilance reste de mise dans l’ensemble de la province, de nombreux observateurs rappellent que les enfants demeurent souvent parmi les premières victimes indirectes des crises sanitaires. D’où l’importance, selon eux, d’intégrer la protection de l’enfance dans toutes les stratégies de prévention et de réponse mises en œuvre face à l’épidémie.
Yseult Lwango, volontaire pour les enfants et les jeunes