
Dans les rues de Bukavu comme dans bien d’autres villes de la RDC, nombreux sont les enfants et les jeunes qu’on retrouve à vendre de l’eau, des beignets, cirer des chaussures ou transporter des marchandises. Ces activités, en apparence anodines, cachent une réalité alarmante : une jeunesse sacrifiée, poussée à abandonner l’école pour subvenir aux besoins familiaux.
Une enfance troquée contre la survie
À seulement 15 ans, Josué Byamungu, orphelin de père, vend des biscuits au marché Bondeko.
« Je voulais devenir enseignant, mais on n’a plus pu payer l’école. Alors je travaille pour aider maman à nourrir mes petits frères »,
confie-t-il.
Un choix contraint, partagé par de nombreux autres enfants. Apprendre ou manger, tel est le dilemme quotidien.
Pourtant, l’article 32 de la Convention relative aux droits de l’enfant (CDE) garantit une protection contre l’exploitation économique et les travaux nuisibles.
Mais sur le terrain, ces droits sont régulièrement bafoués.
Des petits métiers épuisants et dangereux
Ces enfants exercent des activités pénibles, sans protection. Ashuza Mobundu, 16 ans, transporte chaque jour des sacs de braise à Nyawera.
« J’ai souvent mal au dos, parfois je tombe. »
Aucun équipement, aucune couverture médicale. Leurs efforts ne leur rapportent qu’un maigre revenu, au prix de leur santé et de leur dignité.
Le Dr Christian Ngoy, psychologue, explique :
« Ces enfants vivent sous un stress permanent. Ils perdent confiance en eux, développent des traumatismes et vivent dans l’incertitude. Cela affecte gravement leur avenir. »
Des causes multiples, des solutions limitées
La pauvreté, les conflits familiaux, l’orphelinat, les grossesses précoces ou encore le coût élevé de l’éducation sont autant de facteurs qui nourrissent ce phénomène, selon l’UNICEF. Gloria Wabenga,17 ans, vendeuse d’arachides, confie :
« Retourner à l’école est un rêve… mais qui coûte trop cher. Même quand c’est gratuit, il faut payer les fournitures et l’uniforme. »
Certaines ONG comme Jerood ou SOS Enfance proposent des formations, du soutien scolaire ou des microfinancements. Mais ces actions, bien que louables, restent insuffisantes.
Il est urgent que l’État, les communautés et les partenaires se mobilisent pour garantir à chaque enfant l’accès à une éducation gratuite et de qualité, ainsi que des alternatives de réinsertion. Offrir à ces jeunes la possibilité de retourner à l’école ou d’apprendre un vrai métier, c’est investir dans l’avenir du pays.
Les enfants ne devraient pas avoir à choisir entre vivre et apprendre. Leur place est à l’école, pas dans les marchés.
Louise Bibentyo volontaire pour les enfants et les jeunes à Bukavu