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Dans le territoire de Kabare, les Associations Villageoises d’Épargne et de Crédit (AVEC), longtemps perçues comme des leviers d’émancipation économique pour les jeunes, traversent une période critique. La crise humanitaire qui secoue la région n’épargne pas ces structures solidaires. Or, pour de nombreux jeunes, ces associations représentent l’unique moyen d’accéder à un petit capital pour démarrer ou développer une activité agricole ou commerciale.

Dérogatias Bakamarhe, un jeune entrepreneur agricole de Kabare, témoigne :
« Depuis l’aggravation de la crise, beaucoup de membres de notre AVEC n’arrivent plus à rembourser leurs crédits. Certains ont fui, d’autres n’ont plus de revenus réguliers. Moi-même, j’ai du mal à écouler mes produits agricoles. Pourtant, c’est grâce à l’AVEC que j’avais pu acheter mes premières semences. »

Alain Mwengo, jeune éleveur à Miti, partage une réalité similaire :
« Avant, avec nos cotisations hebdomadaires, on arrivait à se soutenir. Aujourd’hui, les jeunes priorisent la survie au quotidien. L’épargne est devenue un luxe. J’ai perdu plusieurs bêtes faute de moyens pour les soigner, alors que je comptais sur un crédit pour relancer mon activité. »

Face à cette situation préoccupante, Bisimwa Cibumbiro, enseignant à l’Université Luthérienne de Bukavu et coach en entrepreneuriat, appelle à la résilience :
« Il est vrai que la conjoncture est difficile, mais c’est aussi dans les périodes de crise que se révèlent les esprits les plus créatifs. J’encourage les jeunes à ne pas baisser les bras. Qu’ils se réorganisent, explorent de nouvelles formes de solidarité locale et cherchent à adapter leurs projets à la réalité actuelle. »

Alors que la crise humanitaire continue de désarticuler les mécanismes de solidarité financière dans les milieux ruraux, les AVEC des jeunes à Kabare peinent à jouer pleinement leur rôle. Pourtant, elles restent un outil essentiel pour favoriser l’initiative et l’autonomie économique. Pour survivre et se réinventer, ces associations auront besoin de soutien, de formation et surtout d’une jeunesse convaincue que, malgré les vents contraires, l’avenir reste à construire.

Pascal Marhegane Ki-Moon, Volontaire pour les enfants et les jeunes à Kabare

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