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À Bukavu, chaque coin de rue devient un espace d’ingéniosité. Dans une ville où l’accès à l’emploi formel demeure difficile pour de nombreux jeunes, l’économie informelle s’impose comme la seule alternative, parfois choisie, mais le plus souvent subie.

Face à cette réalité, la jeunesse n’attend plus les promesses lointaines. Elle prend les devants : vente de rue, réparation, services, transport à moto. Certains partent de rien et innovent : recyclage, commerce en ligne, artisanat local. Les résultats sont incertains, les revenus modestes, mais l’esprit d’initiative reste remarquable.

Kevin, 26 ans, vendeur de téléphones d’occasion à Cimpunda ONL, un quartier populaire de Bukavu, nous explique :
« J’ai commencé avec cinq téléphones que j’avais achetés à un réparateur. Aujourd’hui, je vends en ligne. Je ne gagne pas beaucoup, mais je n’attends plus que quelqu’un me tende la main. Je crée ma propre voie. »

Cette débrouillardise évolue. Les jeunes transforment les réseaux sociaux en vitrines commerciales, utilisent les smartphones comme outils de travail. Ce secteur, longtemps réduit à une simple survie, révèle aujourd’hui des capacités d’innovation surprenantes. L’urgence d’aider sa famille ou de s’émanciper pousse les jeunes vers les marchés, les routes, les petites activités qu’on méprise parfois, mais qui nourrissent des familles.

Grâce, 27 ans, vendeuse de bijoux, chaînettes et maquillage pour femmes, nous en parle un peu plus :
« J’utilise Facebook et WhatsApp pour vendre mes créations. Ce n’est pas facile, surtout avec les coupures d’électricité et les frais élevés, mais je préfère ça que rester à ne rien faire. Avec ce que je gagne, j’aide mes petits frères à aller à l’école. »

Pourtant, cette jeunesse agit presque sans soutien, avec peu de reconnaissance, et souvent confrontée à des obstacles administratifs. Malgré cela, elle continue, avec courage. Elle refuse de céder.

La jeunesse bukavienne ne reste pas spectatrice. Elle invente, elle prend des risques, elle tombe, mais elle se relève. L’économie informelle, dans sa fragilité, devient un théâtre de résistance. Et si les institutions prenaient enfin le temps de regarder dans ces marges, peut-être y verraient-elles le visage du vrai développement, … un développement enraciné dans les réalités locales, soutenu par ceux qui n’ont rien, mais qui créent tout.

Alliance Birhange, volontaire pour les enfants et les jeunes à Watoto News

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