
Dans un contexte où le chômage et le désespoir rongent la jeunesse du Sud-Kivu, la cigarette s’impose de plus en plus comme une échappatoire illusoire pour certains. À l’occasion de la Journée mondiale sans tabac, célébrée chaque le 31 mai, un professionnel de santé tire la sonnette d’alarme et interpelle les jeunes abonnés à la nicotine.
Un jeune rencontré dans le territoire de Kabare, qui fait de petits travaux pour vivre, confie : « Je peux terminer un paquet de cigarettes par jour, parfois même plus si j’ai touché un peu plus d’argent. » Pourtant, ses revenus sont maigres et instables. « Je finis l’argent dans la cigarette. Je sais que ce n’est pas bon, mais ça me calme », ajoute-t-il.
Un autre jeune, sans emploi, partage une réalité similaire. Il affirme ne pas pouvoir passer une journée sans fumer. « Je peux ne pas manger, mais pas rester sans cigarette. Si je ne fume pas, je n’ai pas de paix. Je deviens nerveux, je m’énerve vite. J’aime surtout le chanvre ! »
Au-delà de la cigarette ordinaire, certains jeunes fument également des produits comme le chanvre, et plusieurs sont ceux qui prennent la cigarette communément appelée « shisha »…
Curieusement, parmi ces consommateurs, on trouve aussi des jeunes intellectuels, étudiants ou diplômés, qui malgré leur savoir n’échappent pas à cette dépendance. Cela montre à quel point le tabac s’est infiltré dans toutes les couches sociales, indépendamment du niveau d’éducation.
Charles Mwanano, infirmier à l’Hôpital Général de Référence de Miti, fait un témoigne sur la hausse des cas liés au tabac
Selon ce dernier, cette tendance est inquiétante. « Ce sont souvent des jeunes sans emploi, désœuvrés, qui tombent dans cette habitude », explique Charles Mwanano, infirmier. « Nous recevons des jeunes avec des débuts de troubles respiratoires, des toux chroniques, parfois des complications cardiaques. Beaucoup ne font pas le lien entre leurs symptômes et la cigarette. »
Une jeunesse confrontée à de multiples défis
Dans la province du Sud-Kivu, la jeunesse fait face à une précarité grandissante. Le chômage, le manque d’opportunités, l’oisiveté, l’alcool et maintenant le tabac forment un cocktail explosif. Dans le territoire de Kabare, les jeunes sont nombreux à s’adonner au tabac dès l’adolescence.
Un message clair à la jeunesse
Pour Charles Mwanano, il est temps d’agir. À l’occasion de la Journée mondiale sans tabac, il adresse un message clair à la jeunesse :
« La cigarette ne résout aucun problème. Elle en ajoute. Vous pensez vous calmer, mais en réalité vous vous détruisez. Votre avenir est encore possible, mais il faut arrêter pendant qu’il en est temps. »
Il invite les jeunes à chercher de l’aide, à parler, à trouver des alternatives plus saines pour évacuer le stress et l’ennui.
« Venez nous voir, même si ce n’est pas pour un traitement. Parlez avec nous. Il y a toujours une solution pour sortir de la dépendance. Nous avons même des spécialistes en psychologie au sein de l’hôpital qui peuvent vous aider en cas de difficulté…»
Choisir la vie avant qu’il ne soit trop tard
Alors que le 31 mai rappelle au monde entier les ravages du tabac, dans le territoire de Kabare et dans toute la province du Sud-Kivu, c’est un appel à la vie qui résonne. Derrière chaque cigarette allumée se cache une détresse silencieuse. Mais derrière chaque renoncement à fumer, il y a une promesse : celle d’un avenir plus sain, plus libre. Et c’est cette promesse que des voix locales comme celle de Charles Mwanano défendent, jour après jour, au cœur des communautés.
Pascal Marhegane Ki-Moon, Volontaire pour les enfants et les jeunes au Sud-Kivu
