
Chaque 15 mai, le monde célèbre la Journée Internationale de la Famille, instituée par les Nations Unies depuis 1993. Cette journée met en lumière le rôle fondamental que joue la famille dans la construction de toute société. C’est une occasion de réfléchir à la manière dont les structures familiales influencent le bien-être des enfants, leur éducation, leur stabilité psychologique et leur capacité à faire face aux défis de la vie. Le thème de cette année invite à renforcer la résilience des familles face aux crises, un sujet qui résonne particulièrement à l’Est de la RDC où l’insécurité affecte durement les foyers.
Dans ce contexte, Watoto News s’est intéressé au cas du territoire de Kabare pour comprendre le rôle protecteur et éducatif des familles envers les enfants, malgré les défis sécuritaires et sociaux.
« Ma famille, c’est mon bonheur », lance Jonas, 14 ans, élève en 8e à l’Institut Mudaka. « Même si parfois il y a de l’instabilité à cause de l’insécurité, chez moi, quand même papa et maman sont là. Ils nous parlent, prient avec nous, nous encouragent à étudier. Je me sens en paix»

Le sociologue Iragi Bienvenu Fidèle, basé à Miti, confirme l’importance de ce cadre familial stable :
« Dans une région comme Kabare, la famille reste le premier rempart pour l’enfant. Quand elle joue bien son rôle de protection, dialogue, encadrement, elle permet à l’enfant de développer une certaine stabilité intérieure, essentielle pour faire face aux perturbations extérieures. Les parents doivent créer un environnement sécurisant pour leurs enfants en leur disant clairement et honnêtement ce qui se passe. Ils doivent aussi leur expliquer les signes de dangers et risques actuels, renforcer les liens affectifs, encourager la communication et le partage. »

Mais toutes les familles n’ont pas cette capacité, surtout dans les zones directement touchées par la crise humanitaire. Les conflits armés, les déplacements forcés, la pauvreté extrême rongent l’équilibre familial. Des enfants sont séparés de leurs proches, d’autres vivent dans des foyers surpeuplés ou marqués par la peur.
Neema, 12 ans, déplacée depuis bientôt trois mois, témoigne :
« On a fui l’insécurité depuis un temps. Nous sommes seulement avec ma mère ; je ne vois plus mon père. Maman fait tout pour que je mange et aille à l’école, mais je pleure souvent la nuit. »
Pour Iragi Bienvenu Fidèle, cela révèle une double pression :
« Dans ce contexte, les familles deviennent elles-mêmes des victimes. Le rôle protecteur qu’elles doivent jouer est menacé. Il faut des soutiens externes pour les renforcer psychologiquement, économiquement et socialement. Les enfants ne devraient pas errer vagabonder car le risque ou le danger est plus profond. Tout parent en cette période de crise humanitaire doit placer un message d’espoir en disant aux enfants que le lendemain sera meilleur. »
Madame Clémentine, mère de cinq enfants à Kavumu, ajoute avec gravité :
« Nous faisons de notre mieux. Mais quand il n’y a pas à manger, quand les enfants entendent les tirs ou voient la peur dans nos yeux, il est difficile de cacher l’angoisse. Pourtant je reste forte pour eux. Ils n’ont que moi. »
Face à cette réalité, des recommandations s’imposent :
Aux familles : il est essentiel de maintenir le dialogue, la tendresse, la prière ou les petits gestes d’encouragement au sein du foyer. Même dans la précarité, ces liens affectifs sont un socle de résilience.
Aux organisations humanitaires : il est urgent de soutenir les familles vulnérables non seulement par l’aide matérielle mais aussi par l’assistance psychosociale, les espaces d’écoute pour parents et enfants et la mise en place d’activités familiales collectives.
Aux autorités locales et nationales : cette journée est un rappel fort : protéger l’enfant c’est avant tout protéger et renforcer la cellule familiale. Cela passe par la sécurité mais aussi par l’accès aux soins, à l’éducation et au soutien communautaire.
En ce 15 mai, il est vital de reconnaître que malgré les conflits et les privations, la famille reste le dernier bastion de l’espoir pour l’enfant. La soutenir c’est bâtir un avenir plus stable et plus humain pour la jeunesse de Kabare et du Sud-Kivu.
Pascal Marhegane Ki-Moon (PMK)
Volontaire pour les enfants et les jeunes au Sud-Kivu